Economie : Les nouvelles routes de la soie, quel impact pour l’Afrique


En  Septembre 2013, l’actuel  Président chinois Xi jinping lançait le projet « Les nouvelles routes de soie » (en anglais OBOR « one belt, one road »)  en invoquant comme source d’inspiration les anciennes routes de la soie.

Les nouvelles routes de la soie sont  à la fois un ensemble de liaisons maritimes et de voies ferroviaires entre la Chine et l’Europe en  passant par plusieurs pays asiatiques et africains. Ce projet grandiose pourrait bouleverser en faveur de l’empire du milieu les données économiques mondiales. Avec ce projet, l’Afrique connaitra des profondes mutations sur l’économie de ses pays respectifs.

En effet, la Chine envisage de construire 30 000 km de nouvelles routes en Afrique. Ces investissements devraient permettre au continent d’améliorer la densité de son réseau routier, qui est la plus faible au monde avec 7km de route pour 100km².

D’après Qian Keming, vice-ministre chinois du commerce, le continent africain sera également doté d’une capacité portuaire de 85 millions de tonnes grâce à la nouvelle route de la soie. A cela devrait s’ajouter plus de 30 000 km de lignes de transmission et de transformation d’énergie. Ces investissements pourraient permettre à l’Afrique de réduire un déficit infrastructurel qui lui coûte chaque année entre 87 et 112 milliards $, selon les estimations de la BAD.

La modernisation d’autres infrastructures portuaires, aéroportuaires, routières et du chemin de fer interétatiques  permettront surtout de réduire les coûts des transports sur le continent, qui sont parmi les plus élevés au monde. Enfin, tous ces investissements devraient se répercuter de façon positive sur le secteur de l’emploi et contribuer à réduire le chômage sur le continent.

Les débuts d’une nouvelle dépendance ?

Cette offensive d’investissements sur le continent, n’a pas toujours rencontré un accueil favorable. Certains accusent la Chine de vouloir réaliser une nouvelle colonisation de l’Afrique.

Avec un volume d’échange de 170 milliards $ en 2017, la Chine est devenue pour la 9ème année consécutive, le principal partenaire commercial du continent africain.

Au fil des années, le continent africain est devenu un fournisseur important de ressources naturelles pour une économie chinoise très gourmande en énergie et en matières premières. Plus de 80% des exportations africaines vers la Chine sont constituées de matières premières.

D’après des statistiques, le pays absorbe à lui seul environ 75% des exportations congolaises de cuivre et près de 70% des exportations sud-africaines de fer. Près de 40% du pétrole angolais est exporté vers la Chine.

Pékin veut donc importer ces matières premières à moindre coût, mais également relancer ses activités d’exportations. Cela explique les nombreux investissements dans les infrastructures de transport, et dans la construction portuaire, sur les côtes africaines.

« Elle [la Chine, ndlr] a compris l’importance des mers pour redevenir une puissance maritime de premier ordre via ses grands ports » commentait le géopolitique Pierre Picquart, cité par le journal La Liberté.

Enfin, l’Afrique représente également un énorme marché de consommateurs pour les produits chinois avec une population de plus d’1,2 milliard d’individus prévue pour doubler d’ici 2050. Et les prix assez bas des produits chinois facilitent leur pénétration sur le marché continental.

Néanmoins des risquent subsistent…

Aujourd’hui, l’omniprésence des cadres et des entreprises chinoises sur des projets financés par Pékin, au détriment des compétences locales disposant pourtant parfois d’un certain savoir-faire dans le domaine, empêche un transfert de technologies et de compétences. D’après un rapport du cabinet McKinsey, plus de 10 000 entreprises chinoises sont présentes sur le continent. Cependant seuls 44% des gestionnaires locaux des entreprises chinoises sont des Africains.

Et si la mise en œuvre de la nouvelle route de la soie facilitera l’accès au marché africain pour les entreprises chinoises, l’inverse pourrait être moins évident pour les entreprises africaines.

Maurice CONDE