Malgré une croissance économique satisfaisante, l’Afrique génère toujours peu d’emplois


Dans son nouveau rapport intitulé World Employement and Social Outlook – Trends 2019, l’Organisation internationale du travail (OIT) dresse un bilan de l’emploi sur le continent africain. D’après l’étude, l’Afrique compte 764 millions de personnes en âge de travailler, soit 59% de sa population totale.

Le poids lourd du secteur informel non structuré

Une force de travail non négligeable qui malheureusement n’est pas bien canalisée puisque les 86% de cette population évoluent dans l’informel caractérisé par des emplois de mauvaise qualité.

Cela est dû au fait que le modèle de croissance africaine actuel continue de reposer essentiellement sur les secteurs traditionnels à faible productivité, l’exportation de produits de base et les dépenses publiques. L’absence de systèmes de sécurité sociale performants sur le continent contribue également à exacerber cette situation.

« Une proportion non négligeable de la population active travaille donc dans des conditions caractérisées par l’insécurité, les bas salaires et l’absence de protection sociale, c’est-à-dire dans des activités telles que le travail pour compte propre et l’emploi familial, qui représentent ensemble environ 68 % de l’emploi total dans la région » indique le rapport.

 « Les taux d’informalité dans la sous-région sont élevés, en partie parce que l’économie informelle sert de tampon en fournissant des emplois de dernier recours à de nombreuses personnes en âge de travailler qui sont confrontées à la nécessité économique de faire un travail pour satisfaire leurs besoins fondamentaux et ceux de leur famille » souligne l’OIT.

Sur le continent, les salariés sont encore minoritaires, représentant moins d’un travailleur sur trois (28%) de l’emploi total. Cette proportion est toutefois considérablement plus élevée en Afrique du Nord (68,6 %) qu’en Afrique subsaharienne (22,4 %).

Accroissement de la pauvreté

Avec la hausse des emplois du secteur informel, accentuée par la difficulté de l’activité économique à absorber la force de travail, le taux de pauvreté pourrait s’accroître sur le continent. La région subsaharienne est celle qui reflète le mieux cette situation.

D’après l’OIT, plus de la moitié de la population active de la sous-région était constituée de travailleurs indépendants en 2018 alors que 23 % étaient des employés familiaux. Ces deux formes d’emploi ne se caractérisent pas seulement par une faible rémunération, mais aussi par un lien étroit avec l’informalité.

Même si on constate une forte croissance de l’emploi dans un éventail d’industries de services marchands, l’OIT indique qu’il est peu probable que cela réduise le déficit d’emplois de qualité pour la majorité de la population. La croissance de l’emploi dans les services marchands a été concentrée dans les activités caractérisées par une faible productivité, un taux d’informalité élevé et de mauvaises conditions de travail. Ainsi, plus de 84 % des personnes employées dans le secteur de l’hébergement et de la restauration en Afrique subsaharienne sont des travailleurs informels. Cette part passe à plus de 87 % dans les secteurs des transports, et des communications ainsi que dans le commerce de gros et de détail et les activités de réparation.

Cette faible croissance de la productivité du continent, couplée à l’expansion rapide de la population, contribuent à maintenir les taux de pauvreté de l’Afrique subsaharienne à des niveaux élevés. 37% des travailleurs de la sous-région vivent dans l’extrême pauvreté tandis que 24,4% vivent dans une situation de pauvreté modérée. Entre 2018 et 2020 le nombre total de travailleurs vivant dans une pauvreté extrême ou modérée devrait augmenter de 10 millions.

« Sans changement structurel significatif, la plupart des emplois créés le seront probablement dans le secteur informel, où la productivité et les salaires sont bas et le travail précaire, rendant l’objectif d’éradication de l’extrême pauvreté d’ici à 2030 difficile à atteindre », indique la BAD dans son rapport sur les perspectives économiques 2019 pour l’Afrique. 18 des 20 pays où l’incidence de la pauvreté extrême et modérée des travailleurs est la plus élevée au monde, sont situés en Afrique subsaharienne.

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