La suspension du service de la dette par le G20 aura finalement un faible impact sur l’Afrique


Le volume de ressources disponibles grâce à l’initiative de suspension de la dette du G20 est estimé à 1,9 milliard $ pour 21 pays africains notés par S&P Global Ratings. Il est faible comparé aux besoins effectifs. De plus, des parts importantes sont capturées par quelques pays seulement.

L’initiative du G20 visant à soutenir les budgets des pays africains face à la covid-19 en suspendant le remboursement des intérêts dus entre mai et décembre 2020 ne profitera finalement pas de manière significative au continent, selon une récente analyse de S&P Global Ratings. L’agence de notation a tiré ces conclusions en examinant l’impact de cet engagement sur 21 pays qu’elle note.

Pour l’ensemble de ces Etats, les intérêts à payer cette année sont estimés à 46 milliards $, mais 73% de ce montant représente le service de la dette intérieure et seulement 27% sont dus au niveau international. En valeur absolue, le service de la dette ciblé par le G20 pour les 21 pays analysés ne représente que 12,5 milliards $. Or la part qui a commencé à faire l’objet de suspension est celle de la dette bilatérale qui n’est que de 15%, soit environ 1,9 milliard $.

La part la plus importante de ces intérêts (65%) est due à des créanciers privés internationaux et 20% à des créanciers multilatéraux. Pour ces deux catégories de créanciers, des discussions sont en cours, notamment en ce qui concerne les créanciers privés. Mais aucune décision n’a encore été prise. Les pays africains bénéficiaires de l’initiative du G20 hésitent à avancer sur ce dossier, car il y a le risque de voir leurs notes souveraines dégradées.

Enfin, sur les 1,9 milliard de suspension effective de service de la dette, 58% iront à trois pays notamment l’Angola (27%), le Kenya (23%) et le Sénégal (8%). Le reste des pays (18) se partagera un allègement de seulement 798 millions $. Rien qu’en prenant en compte l’Ethiopie, le Nigeria et la République démocratique du Congo, cette somme doit aider une population combinée d’au moins 380 millions d’habitants.

Si finalement un mécanisme est trouvé pour la suspension du service de la dette due aux créanciers privés internationaux, cela ne devrait libérer que 8,1 milliards $. Sur cette somme 5 pays bénéficieraient de 77% et les autres du reste. S&P Global Ratings sur cette base recommande aux pays de poursuivre leurs consolidations fiscales.

Mais ce ne sera pas une chose facile pour tout le monde. En République du Congo, la dette publique a déjà atteint les 125%, selon des estimations du Fonds monétaire international. Le pays a même déjà entamé un processus de restructuration de sa dette avec des banques et autres créanciers de la CEMAC, la sous-région à laquelle il appartient. Pour d’autres pays comme le Nigeria et le Ghana, l’inquiétude vient du poids considérable du remboursement de la dette sur les dépenses publiques, qui est au-dessus de 50%, même si la part due sur le marché international reste relativement faible.

Alors que de nombreux analystes annoncent de gros risques économiques pour l’Afrique en raison de la covid-19, on découvre chaque jour que ce gros fournisseur des matières premières au monde bénéficie peu de la solidarité internationale. Selon l’Institute of International Finance (IIF), ce sont près de 12 000 milliards $ d’engagements qui ont été pris par les pays développés pour affronter la pandémie et ses conséquences.

Agence écofin